Foisonnement

Aujourd'hui, le ciel est gris, le soleil n'arrive pas à percer la couche de nuages.
Temps propice à la mélancolie ou à rester au lit, calefeutré sous sa couette.
Ma nature ne me portant pas à la mélancolie, je vous offre des foisonnements. De plantes ou de couleurs.
Ce tableau s'appelle "Mermaid" (la sirène). Elle se fait discrète, laissant la place à la nature. Même le tigre se cache sous une feuille. Et la girafe, totalement incongrue ne se montre qu'à moitié. Il y a d'autres animaux cachés, à vous de les découvrir...
Une année, dans une école assez grande, j'avais proposé aux trois classes de même niveau que la mienne de travailler sur le thème de la jungle en peinture pendant une période donnée et que, à l'issue de cette période, un collègue "neutre" (il était en surplus pour des cours de soutien, si, si, ça a existé très brièvement) choisisse les plus beaux dessins.
Nous avons travaillé, cherché des documents, des peintures, fait des essais, appris à dessiner des feuilles, des lianes, bref on y a mis du coeur et de l'ardeur. Et fait des réalisations pas mal du tout. J'étais encore jeune et donc très fière de mes élèves.
Arrive l'échéance et le choix.
Mes collègues n'avaient pas pris ça au sérieux et n'avaient pas pris le temps de vraiment s'y intéresser. Leurs élèves ( ceux que ça intéressait ) avaient recopié des tableaux existant et fournis par la maîtresse.
Le "juge" ne s'en offusquant pas, avait choisi des copies et tourné le dos (ou plutôt l'oeil ) aux réalisations originales de mes apprentis peintres. Inutile de dire qu'ils étaient très déçus et moi donc !!!
Ce n'était pas la première fois. Il y avait eu un concours de poésie à l'occasion de la fête des mères, organisé par le journal local. Consigne : écrire des quatrains originaux . Nous nous sommes attelés à la tâche et l'école se trouvant dans un quartier défavorisé de la ville, la tâche était de taille mais l'enthousiasme aussi. J'avais des CE1 mais des collègues de CM s'y étaient aussi intéressés.
Résultat : les primés avaient envoyés des vers de quatre sous qu'on écrit dans les cahiers de poésie ( ça aussi ça disparaît ) du genre: " j'aime deux choses, toi et la rose, la rose pour un jour, et toi pour toujours."
Je pense que les papiers ont été tirés au sort, personne n'ayant envie de lire tout ce qui était arrivé.
Alors on ne lance pas ce genre de concours.
Pour consoler les participants, certains reçurent une montre... qui ne fonctionnait pas...
Heureusement, j'ai engagé mes élèves dans d'autres aventures de ce genre et nous avons gagné sinon le premier prix, des choses intéressantes pour la classe : un dictionnaire avant l'époque des ordinateurs à la maison, des livres, un chèque de 100 € ( le dernier concours en date )...
Mais le souvenir le plus marquant pour moi fut le concours de tricot ( en 1983) avec une classe de CE1 ( ma première année dans cette grande école pas encore en Zep ) composée en grande majorité de garçons.
Je leur ai appris à tricoter, ils étaient tous partants, et nous avons gagné un prix spécial, le concours visant des classes de CM. C'est là que nous avons eu le dictionnaire et ils avaient tous écrit leur nom sur la page de garde. Est-il toujours dans l'école? Je me le demande.
Un papa n'était pas content, se demandant pourquoi j'incitais son fils à tricoter, occupation réservée aux seules filles. Le plus assidu au tricot et le plus doué aussi était un... turc. Le papa en question était le mari d'une collègue.
Une autre année, nous avions gagné le tournoi de handball, premier prix des garçons et premier prix des filles. Nous avions beaucoup travaillé les passes, l'esprit d'équipe et ça n'avait pas été facile pour eux. Bien sûr, les autres équipes avaient râlé parce que j'aurais eu des élèves plus âgés d'une année et donc plus grands en taille. Il y avait Anatole qui nous était arrivé d'Afrique et une fille. Mais ce n'était qu'une manifestation d'humeur et de dépit de mes chers collègues des autres écoles. Cela arrive souvent, comme si le fait de gagner prouvait la valeur de l'école et surtout celle du maître.
C'est un tavail d'équipe, si les enfants ne sont pas motivés, on n'arrive à rien.
Il y a deux ans, je suis retournée dans ce quartier que j'ai quitté il y a quatorze ans pour faire des courses.
Dans le tram, j'ai reconnu Anatole. Je l'ai abordé et il se souvenait de mon nom et m'a dit : "Vous vous rappelez? On avait gagné le tournoi de hand! "
Non, je n'ai pas oublié ce garçon qui avait été séparé de sa famille du Sénégal parce que son père le réclamait. Son père qui avait une autre famille en France et Anatole était perdu dans ce monde neuf pour lui. A l'époque je venais d'avoir ma fille et je gardais encore des formes arrondies. Quand Anatole arrivait à l'école, il se précipitait sur moi et m'enlaçait la taille en se collant contre moi. Je devais lui rappeler sa mère et ses formes généreuses...

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